Les petites révolutions musicales #2 : FAUVE ≠

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Poussés irrésistiblement en avant depuis cet été, FAUVE ≠ est le groupe auquel on ne s’attendait pas. Comment les décrire ? Plus qu’un groupe, ces gars ont créé un concept. Ils décrivent leur son comme du ‘spoken word’, remplissent le Bataclan, font passer des messages spirituels, leur premier album “Vieux Frères” est actuellement en tête des ventes et ils contaminent les adolescents comme les grands.

Fauve_groupe

Fauve ≠, les porteurs d’espoir

Si on m’avait dit que je tomberais en pâmoison devant des boucles électro/rock, que j’écouterais la bouche ouverte un gars qui ne slamme pas, ne chante pas, ne rappe pas, mais parle simplement avec une voix on-ne-peut-plus-banale avec un flow digne de cours de théâtres, et surtout que ça crierait de l’amour, oh mais je n’aurais même pas écouté. Et pourtant. Je vous laisse aller librement sur la toile consulter les nombreuses critiques/effusions concernant le groupe (révélés par les Inrocks, faut dire, c’est la consécration les gars).
Cet été, leur succès était encore confidentiel. Quelques ados dans mon entourage tripaient sur le titre Kané pendant que je me passais Nuits Fauves en boucle, histoire de survivre à mon quotidien de serveuse automate estivale. Je ne me doutais pas qu’en revenant à Paris en septembre, tout le monde n’aurait qu’eux à la bouche. Je me suis tout de même offert leur EP Blizzard, avec un goût d’incompréhension sur le bout de mes synapses : Comment ont-ils fait ?

Je m’explique. Musicalement, il y a mieux. Textuellement, il y a moins niais. Beaucoup de gens se demandent si ce n’est pas de l’arnaque. Mais conceptuellement… il y a une intelligence indéniable. C’est là que réside une clef : tu peux faire du slamounet avec une voix de puceau, si derrière ce n’est pas juste un groupe mais un collectif. Autrement dit, on s’unit contre le Blizzard, on prône l’entraide et l’amour, nous ne sommes pas des individus mais une corporation, nous n’avons pas de visage mais un signe de rassemblement (≠), vous pouvez être parmi nous, avec nous, pour nous, pour sortir les poings contre la morosité, pour une vie meilleure et merveilleuse.
Voilà effectivement de quoi séduire les ados et se couler dans le besoin d’apaisement ambiant. Mais tant de fulgurance dans ce succès, c’est tout de même troublant.

Fauve ≠, un packaging (un peu trop ?) parfait

Il y a un gros paradoxe dans l’histoire de ce groupe. D’un côté, leur face musicale couplée avec le concept — certes la musique en question est entraînante et intéressante, mais pas renversante pour un sou. Elle balance entre des genres dont on se lasse vite, et les textes vous flanqueraient la déprime du siècle tant le constat social est asphyxiant de détresse. La bouffée d’oxygène est insufflée par l’espoir qui se dégage à la fois des paroles, de leur manière de fonctionner et du message d’amour universel qu’ils portent.
D’un autre côté, ils ont une communication ab-so-lu-ment-par-fai-te. Des clips qui tiennent la route (avec le style ‘on l’a fait à la maison’), une communication sur les réseaux sociaux sans faute, ils vous mettaient même des bonbons dans la pochette de l’EP. Et par-dessus le marché, ils ont même réussi à mettre Fauve – le Fauve antérieur, le suisse Nicolas Julliard, sur scène depuis plus de dix ans – dans l’embarras en évitant la confrontation directe grâce au refuge du collectif : Nicolas Julliard est obligé d’abandonner son nom de scène. Arnaqueurs ? Pas de nom, pas de signature, pas de contact. Qui écrit les textes ? Réalise les affiches ? S’occupe du mixage? Le flou total. Le collectif serait donc une jolie planque pour que les uns puissent bénéficier des qualités des autres. Partant de ce constat, Fauve ≠ ne serait plus un groupe, mais une entreprise. Deviendraient-ils par ce biais… des tricheurs ??

Quoi qu’il en soit, Fauve ≠ reste incontournable. Si leur musique entêtante et sympathique au premier abord lassera certainement les foules malgré le coup de com’ audacieux tendance belliciste, le concept Fauve ≠ corp., lui, restera certainement un moment dans le paysage musical français. Ils sont apparemment assez intelligents pour piocher dans les ressources des uns et des autres et pouvoir s’adapter à l’avenir qui leur est réservé.
En attendant, nique sa mère le blizzard quand même.

 

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