Les réalités surprenantes l’enseignement

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Ce n’est pas un secret, depuis quelques années j’enseigne la musique. Je suis ainsi pour beaucoup de jeunes gens “la prof’ de piano” ou “la prof’ de chant”. Cela me donne un statut qui m’octroie le droit de frapper les élèves avec des partitions, un plaisir jouissif encore méconnu.

Cours de piano à la Résidence d'Art (2010)

Cours de piano à La Résidence d’Art (Joinville-le-Pont, 2010)

Plus sérieusement, enseigner la musique n’est pas de tout repos. D’abord, constat auquel je ne m’attendais pas, très peu de mes jeunes élèves ont un rapport “privé” avec la musique. Surtout chez les enfants de moins de 12 ou 13 ans : très peu en écoutent (parfois rarement à la radio), et rares sont les parents qui mettent des cds chez eux. Il faut donc leur apprendre ce qu’est la musique et les familiariser avec le classique. Pas facile quand ils n’ont pas encore vu des films utilisant une magnifique bande-son ni joué à des jeux utilisant un fond sonore Wagnérien ! Pour eux c’est facilement rasoir, il faut bien le reconnaître, et la sensibilité adolescente au style romantique n’est pas encore réveillée… Et puis ils ont chacun leurs goûts ! Alors expliquer que la musique est «quelque chose» qui parle directement à la «sensibilité» grâce à une «construction mathématique des sons», bah bon courage en face d’une petite fille de 8 ans qui ne connaît pratiquement que des comptines.

Ensuite, j’ai été très vite désarmée face au manque d’ambition et à l’absence du goût de l’effort, particulièrement présent chez les adolescents. Ils veulent bien jouer, ils aiment bien le piano, ils aiment bien écouter de la musique (si, Taylor Swift et Daft Punk c’est aussi de la musique), mais travailler, pourkeuafaire ? Je conçois parfaitement la flemmingite aigüe inhérente à l’âge susdit, mais ce manque d’ambition est tout de même affligeant. Quand je leur fait comprendre que jouer le Chopin – ou le Polnareff, hein, ça dépend des élèves ! – dont ils soit-disant rêvent peut être parfaitement à leur portée, cela leur est parfaitement indifférent. Et le pire, c’est que pour la plupart, quand ils viennent à bout de leur morceau, ne ressentent pratiquement aucune satisfaction !!! Tout de même, un effort de quelques semaines (voire mois), pour parvenir un résultat palpable, et pas spécialement de contentement. Et quand j’essaye d’intervenir :
« Mais c’est super !!! Bravo !!!! Tu vois tu y es parvenu, c’est vraiment top !!
– Ouais, bof, c’est pas si top et puis j’aurais pu y arriver avant, c’était pas si dur en fait »
c’était pas si dur en fait, qu’est-ce que j’ai pu entendre ça ! Je les reprends immédiatement « mais si, souviens-toi quand tu as vu la partition pour la première fois, c’était laborieux, tu te souvieeeennns ?????? »
Bref, je passe beaucoup plus de temps à les rassurer, les encourager, et à les motiver, qu’à leur donner les clés d’apprentissage nécessaire à leur épanouissement musical. Pffiou.

L'élève D. a besoin de beaucoup de couleurs pour travailler... (!)

L’élève D. a besoin de beaucoup de couleurs pour travailler… (!)

Dernier point qui mérite vraiment d’être souligné, les élèves en règle générale n’ont aucune méthode de travail. J’ai beau leur expliquer, leur noter comment faire, ils ne savent pas faire, ne comprennent pas, et reviennent au cours d’après la gueule enfarinée me disant « j’ai pas eu le temps de travailleeeeer ». Comment expliquer que ce n’est pas la QUANTITÉ mais la QUALITÉ qui compte ?! Ben je répète, répète, répète… « À chaque fois que tu te mets au piano, il faut que ce soit mieux que la fois d’avant. Qu’à chaque fois tu gagnes quelque chose ».
Et puis j’ai fini par comprendre : ils attendent une approbation systématique de leurs faits et gestes. Ils ont beaucoup, beaucoup, beaucoup de mal à s’auto-corriger. Un côté peut-être trop scolaire, dans le sens où il faut que ce soit bien, et risquer de se tromper est inimaginable. Du coup, pas de travail perso = pas de risque de faire mal. Mazette !

Vous l’aurez compris, enseigner la musique en cours particuliers est finalement avant tout une question de pédagogique : faire en fonction de celui qui est en face, avec ses blocages, ses peurs, ses envies. La musique devient alors un vecteur, une discipline qui leur sert à se connaître mieux, à savoir comment ils fonctionnent… Et là, ça devient passionnant !

 

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