Polémique autour des Enfoirés : quand la médiocrité devient bêtise

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Une polémique secoue la toile depuis quelques semaines : le tube 2015 des Enfoirés Toute la Vie serait “anti-jeunes”, “réac”, “donneur de leçon”, “vulgaire” et que sais-je encore.
Les réseaux sociaux s’offusquent de voir lesdits Enfoirés faire la morale à de jeunes gens parfaitement anonymes dans un face-à-face mis en scène dans leur clip. S’il est vrai que la confrontation est ridicule, le texte est d’autant plus affligeant. Jugez par vous-même :

Mais quel est le véritable propos de tout ce caquetage ? Il n’est pas nouveau que les Enfoirés donnent de la soupe aux radios mainstream ; tous les ans ils y vont de leur petit tube – on se souvient de Attention au Départ (2014), Ici les Enfoirés (2009),  Aimer à Perdre la Raison (2007)… – afin de préparer le généreux donateur anonyme à donner ses sousous aux Restos du Cœur, mais de préférence en achetant leurs produits (cds, dvds, places de concert) plutôt qu’en donnant directement à l’association de bénévoles.

Je ne vous ferai pas l’affront de vous expliquer à combien revient la production d’un cd ou d’un spectacle de l’envergure des Enfoirés, et ce même si ceux-ci travaillent gratuitement. Combien de techniciens à rémunérer, de matériel à fournir, de studios, de promos à financer, tout ceci sans compter la taxe de la SACEM qui doit bien se régaler en passant. N’oublions pas qu’il s’agit de reprises, et les droits, ça s’achète.
Alors oui, bien sûr, les bénéfices de l’entreprise “Enfoirés” revient aux Restos du Cœur – 23 millions d’euros rien que pour l’année dernière, ce qui est très loin d’être négligeable !!! – mais si on ajoute tout ce qui a servi à payer l’immense spectacle (sept représentations dans un Zénith de France sur une période d’une semaine, tout de même), le remboursement de tous les produits dérivés et la rémunération des petites mains autour, combien tout cela a-t-il rapporté à l’industrie du disque à votre avis ? Croyez-vous FRANCHEMENT que les labels (Universal, Sony/BMG pour ne citer qu’eux) n’en profitent pas pour toucher la petite commission qui leur est dûe ? Humm ??
En réalité, plus grand-monde n’est dupe du business Goldman, mais jusque-là, cela ne posait de problème à personne.

De l’auto-promotion à la polémique

Ce bal annuel de célébrités masque à peine une auto-promotion du tonnerre pour les artistes. Avec les Enfoirés, tout le monde est content : on amasse un fric d’enfer, on passe à la télé donc on est dans l’actualité, on fait plaisir à tonton JJG et à Universal, et en plus on fait du bénévolat pour nourrir les pauvres pôvres. Tout le monde est content, y compris le public qui participe activement à rendre populaire la démarche des Enfoirés en remplissant les Zéniths et achetant compulsivement les dvds.
Seulement voilà, jusque-là, la médiocrité musicale du spectacle et des artistes était acceptable, tant qu’ils restaient dans un joli discours bien-pensant du “on est tous égaux, les pauvres c’est pas juste, l’amour c’est bien, l’amitié c’est beau, vos sous c’est utile”.
Avec Toute la Vie, c’est moins évident car ils affichent sans scrupules une médiocrité qui frôle la bêtise. Quand on veut faire payer le plus grand nombre autour de l’industrie du spectacle, on ne se prononce pas politiquement. Point. Règle de base. Jean-Jacques Goldman dévoile malencontreusement son incompétence d’auteur en voulant aller un peu plus loin que d’habitude. Oups.

Les-enfoires-toute-la-vie

Pourtant cela ne partait pas si mal : Toute la Vie est un habile mélange musical entre Daft Punk et Bon Jovi (écoutez la rythmique guitare, piquée outrageusement à Get Lucky, puis remplacez les paroles de “toute la viiiiie” par “it’s my liiiife“, vous allez voir, c’est saisissant). Médiocrité et bourrage de crâne dans les supermarchés assurés !
Mais que s’est-il passé dans la tête de tonton JJG pour avoir eu envie de faire s’affronter deux générations sur des paroles aussi stupides ? Surtout que vu l’âge de certains Enfoirés (Tal, Jean-Baptiste Maunier, Amel Bent, Grégoire etc.), la confrontation dite “générationnelle” n’est pas évidente, et cela ressemble plus au face à face entre deux milieux sociaux, friqués/futurs-chômeurs, qu’autre chose.
Et pan! c’est parti, internet s’affole : « Jean-Jacques Goldman est-il un vieux con? » (Le Figaro), « Un titre stigmatisant et à côté de la plaque  »(Nouvel Obs), « L’hallucinant clip anti-jeunes des Enfoirés » (Konbini), sans compter les réactions dites “people” : Jacques Attali, Joey Starr, Marine Le Pen, Natasha Polony, Jamel Debbouze, Fleur Pellerin, tout le monde y va de son petit commentaire. Y compris certains Enfoirés eux-mêmes, Jean-Louis Aubert, Lââm, Matt Pokora pour ne citer qu’eux. Je vous laisse naviguer à loisir en tapant “enfoirés polémique” dans votre moteur de recherche, c’est même parfois drôle !

© Julien Couty

Dessin © Julien Couty

De la polémique à la réponse-fessée de JJG

Il faut se rendre à l’évidence, la réponse de Jean-Jacques Goldman est un coup marketing monstrueux. S’il a fait une erreur en voulant faire du nouveau tube des Enfoirés une « chanson engagée » – comme on dit dans le milieu –, il a prouvé son incontestable place de Maître en répondant sur un ton décalé au Petit Journal de Canal+ :

D’un coup, il ridiculise ses détracteurs et offre l’exclusivité d’une interview à un média branché, plutôt populaire auprès des jeunes, détenant de surcroît un lecteur web indépendant. Idéal pour véhiculer la petite tacle gratos pour Attali et le ton du “je ne comprends pas, je ne pensais pas à mal en disant aux jeunes de se bouger”. Parfait. Papy Goldman est sauvé, les ventes explosent (le titre passe de la 117e à la 18e place des ventes digitales en seulement une semaine), et les Enfoirés arrivent en tête des sujets d’actualité ; idéal pour préparer LA soirée du vendredi 13 mars où le grand concert des Enfoirés 2015 sera diffusé sur TF1, lançant la mise en vente des dvds dès le lendemain.

Cerise sur le gâteau : comme si le foin médiatique ne suffisait pas à faire parler des Enfoirés, Jean-Jacques Goldman a annoncé dans le magazine Grands Reportages diffusé sur TF1 qu’il préparait la relève pour « s’effacer petit à petit ».
Après cette chanson affligeante qui passe in-extremis entre les mailles du filet de la critique médiatique, voilà qui réserve aux Enfoirés un avenir de moins en moins assuré.

Peut-être ce ramassis de stars en mal de talent devraient réfléchir à cette petite phrase de Beaumarchais : « Médiocre et rampant, et l’on arrive à tout » (Le Mariage de Figaro, Acte III, Scène 5).

 

 

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